Véronique Perrin-Desprez

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vit et travaille dans le sud de la France


Expo Regard'elles Chapelle des Jésuites Nîmes 2011
Expo Nemausus Nîmes 2021

 

Les formes inavouables

 

 

"Comme l’indique si justement le titre d’une de ses pièces Passage, en grès noir, cette notion symbolise un caractère éminemment représentatif du travail de Véronique Perrin Desprez. En effet travaillant la terre au plus près d’un ressenti personnel, elle construit des formes parfois simples, parfois complexes qui miment des éléments de la nature. Ainsi certaines de ses œuvres entr’ouvertes laissent voir un intérieur mystérieux comme les Fruits improbables, hérissés à l’intérieur de multiples picots, semblables à quelque sexe de femme aux dents acérées, participant du grand fantasme masculin de la peur de l’altérité. Cette angoisse visualisée dans les estampes japonaises comme celles d’Utagawa Kunisada intitulées Daicho netsu Kaijijoke (Un enfer de grande chaleur) où des sexes de femmes qu’a séduites un libertin commencent à le dévorer. Ou bien encore une réminiscence de la bouche d’ombre hugolienne…Féminin, masculin, les traces du passage se poursuivent aussi dans le modelé d’une autre pièce nommée Récipient, en grès noir chamotté, au nom fonctionnel qui justement cache sous cette dénomination utilitariste sa fonction non utilitaire, qui elle se trouve piquetée de l’extérieur par de petites excroissances de porcelaine. Ici de lointaines références africaines le disputent à l’intime, lucidement positionné dans une forte crudité plastique. L’œuvre féminine se distingue principalement par sa force d’affirmation et parfois la courbe, réputée délicate, se trouve ici bousculée, triturée, malaxée, réinventée jusqu’à obtenir des Toupies immobiles, réceptacles d’une énergie tourbillonnante figés dans le temps.

 

Des gestes simples conduisent à une pensée en cours et comme l’énonce Bachelard : « En fait l’imagination matérielle est pour ainsi dire toujours en acte. Elle ne peut se satisfaire de l’œuvre réalisée. L’imagination des formes se repose dans sa fin. » Véronique Perrin Desprez travaille non pas avec « de la » terre mais avec « la » terre. Ainsi l’acte même du faire contribue à l’implication gestuelle et l’on peut dire que dans n’importe laquelle de ses œuvres en terre se trouve un monde, son monde donc le monde. Comme toujours dans l’utilisation du matériau terre se trouve posée en France la question du statut de chaque réalisation. Pour mettre fin à ce débat entre pièce utilitaire et pièce artistique, donc dénuée de cette valeur d’usage mais dépositaire d’une valeur autre plus élevée, esthétique, affirmons fortement que ses réalisations sont des sculptures et qu’elles s’inscrivent dans une démarche plus vaste qui prend aussi en considération sa pratique du dessin.

 

Ses travaux au fusain questionnent à la fois la problématique du corps et de l’abstraction au travers de réminiscences archéologiques. Elle creuse le trait et fouille les entrailles en deux dimensions d’une plastique en cours d’élaboration par la mise en scène de référents archaïques. Un incessant rapport de va-et-vient existe entre la chose dessinée, difficile à nommer et pourtant identifiable et la chose en volume comme ses Fêlures, torses en cours d’écroulement ou sexes en cours d’érection qui symbolisent une dimension érotique souvent présente dans ses compositions. D’une part, la béance, avec les deux parties séparées de Fragments qui nous entraînent vers cette voie suggestive, qualifiable d’étroite, passage entre deux états présents en un muet dialogue, d’autre part la superposition, avec les deux parties de l’œuvre Les ponts qui nous invite à franchir la rive. Séparation et réunion … L’autre n’est donc pas étranger à sa représentation et renvoie sans doute chez Véronique Perrin Desprez à des expériences intimes ou des rêveries refoulées, qualifiables d’archétypales. L’art ne fait pas mentir la main. La tension dramatique de ses sculptures demeure dans leur toujours possible mutation."

 

 

Christian SKIMAO