Valérie Julien

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L’ornement des arts appliqués à le rester

 

Valérie Julien présente de grands travaux sur papier qui suggèrent des espaces intérieurs et génèrent de potentielles profondeurs de champ ; elle réalise des tableaux qui n’en seraient pas avec des référents à des sculptures qui n’en sont pas et qui font penser à des photographies qui n’en seraient pas installées comme des installations qui n’en sont pas. Non plus.

 

Si j’illustre mon texte avec les structures mêmes énoncées par Michel Butor dans ses Illustrations afin de mieux faire saisir la complexité de sa démarche, je ne pouvais moi non plus faire moins pour tenter d’expliciter un travail dont l’évidence le dispute à la complexité.

 

Des espaces de papier composés de lés en papier et rehaussés de papiers peints en une imbrication toute matissienne ; un rapport aux constructions cubistes, à l’introduction d’éléments du réel remis en situation dans un nouvel élément artistique.

 

Valérie Julien reconstitue en leur fragilité même la réflexion sur des fresques italiennes et plus particulièrement celles réalisées par Giotto; elle opte pour le fragment en référence au monde contemporain composé des éclats du miroir philosophique et n’abdique pas sa souveraineté d’artiste face à la mode en se réappropriant la perspective classique.

 

Elle ferait donc du post-moderne mais le terme entaché parfois d’une connotation péjorative laisserait planer un doute sur cette exploratrice qui tente à chaque fois de reconstituer le «génie du lieu» de chaque expédition; fragments récupérés dans des lieux dévastés, des maisons abandonnées, voilà qui ramène du côté de Georges Rousse, la pellicule en moins.

 

Détentrice des peaux de papier elle s’ingénie à les mettre en lumière de tous côtés, occupant les murs et les forçant à s’ouvrir sur une autre réalité; elle se trouverait alors décoratrice de théâtres d’impressions où le vague à l’âme se noie dans les cieux mouillés de larmes.

 

On pourrait convoquer Baudelaire et Verlaine à ce festin d’élégances surannées, de lieux dits puis peints ; la marche littéraire qui précède le volume des interprétations impose Marguerite Duras comme une passagère le long de cette page qui n’en finît pas de dépeindre. Ravissement...

 

Il semble rare que l’émotion ait encore droit de cité au moment où le froid calcul s’impose aux démagogues des hystéries.., il y a quelque chose d’humain et de poignant dans ses volumes déserts, l’esprit de la matière, le grand art du peu, les fées mères sans doute penchées sur le berceau des évanescences.

 

SKIMAO

Château de Taurines Juin 1990

 


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