Sylvie MIR

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Constellations de temps

 

Alors que j’avance dans le plan avec aplats, écrasements, coulures, nappages …la peinture me suggère des formes, éveille ma mémoire visuelle.

Je ne prévois pas une cohérence globale du tableau.Il s’agit de la retarder en cultivant des aspects partiels,en décentrant des champs colorés plus vastes .Intention délocalisée, jeu personnel et solutions ponctuelles ,dissolutions éventuelles.

 

Je tiens le défi (en moi-même) de rester un certain temps sur ces brèches indécidables,comme à l’envers de la formation des images,cherchant dans la boue initiale, un lambeau de texture colorée,contrôlant la pureté d’un tracé à vingt centimètres de mes yeux.C’est une situation émotive et naïve qui produit et expose des fragments (presque) sauvages de réalité picturale,certains sont susceptibles de ne rien former du tout, de rester dépris de la totalité.Oublier les bords,dériver.Je vois des possibilités d’ images spatialisées mais de façon contradictoire.(”Je perds le Nord” dit-on et pas seulement dans le Sud).

Méditations à durée variable;levées de surfaces,barrages de matières.Enfin fixer les images furtives; puis les amarrer au format.

 

Il arrive que la matière picturale résiste,oppose et impose sa nature brute ,me demande la lune pour se plier aux influences d’une constellation de faits picturaux ;de là viennent des collusions inattendues,des extensions de territoires .Depuis mes projections mentales, je vis en acrobate des moments de suspension,de compromis et de choix.

Je fragmente, j’occulte ou je réserve pour sélectionner et libérer des images secondes ou enfouies sous les fonds ,et préserver la respiration de l’espace.

 

Un parcours mental est ouvert dans la matérialité. La peinture s’arrête à ce moment où l’histoire de ces dépôts temporels successifs, est encore déchiffrable.Cet espace de l’expérience provoque la mémoire visuelle et précipite un climat imaginé.Je suspends cette condensation de gestes et de temps .Les actes restent lisibles,séparés. Ils se combinent en un espace souvent flottant, comme feuilleté où il se peut que l’autre ,à son tour,s’essaie à la liberté et à l’ajustement mémoriel du regard .

sylvie mir 2006