Jean-Pierre GUIRAUD

Contacts

Né en 1938 à Nimes


Biographie

 

Statisticien, Il a travaillé dans différentes administrations et société privées.

Il a été céramiste de 1970 à 1975, sa production consistait à réaliser des objets utilitaires au tour, puis décorés à base de réserves et accessoirement d'engobes.

De 1976 à 1986 a connu de nombreux employeurs, l'INA, le Service études et recherches du Ministère de la culture, la SEDES, le BIPE,...

 

Il a fini sa carrière professionnelle dans la société ICS Conseils. C'est au sein de cette société qu'a commencé son aventure picturale. Jour après jour il faisait sécher les filtres à café usagers MELITTA entre deux annuaires statistiques, puis les photocopiait et se laissant guider par les traces révélées par la Rank Xérox, il donnait naissance à des portraits, des nus, des paysages, avec pour seuls outils les stylos, le tippex, les trombones ....fournis par l'entreprise . Ensuite il parachevait ce travail, chez lui, au crayon pastel.

 

 

La Technique

 

Noircir pour créer du blanc

Après la période des filtres à café il a développé une nouvelle technique,

pour résoudre le problème toujours angoissant de la page blanche, en jouant du hasard. Il sème, dans une gestuelle plus ou moins volontaire des éclaboussures d'encre de chine diluée sur le papier immaculé. Il froisse la feuille, la compresse ; l'encre s'étale à son gré en larges zones grises ou se condense en noir intense retenu dans les froississures. Il laisse oeuvrer le hasard, déplie, défroisse, lisse et découvre ce qui sera son point de départ, sa contrainte.

 

Actuellement ,la technique du travail est identique mais le processus s'est inversé la froissure devient l'acte premier. Le support, papier, toile de jute ou non-tissé est plié, froissé, contraint par des cassures, puis déplié; le hasard n'est plus le grand ordonnateur, la recherche est plus volontariste. La configuration des cassures, la sinuosité des plis précisent l'œuvre à venir; une première ligne de crête se dessine. Démarre alors un long travail d'élaboration de la toile.

 

 

Le thème

 

Depuis quelques années mon travail porte exclusivement sur la Chaîne des Sucs du plateau ardéchois où j'aime me retrouver depuis un quart de siècle.

J'ai longtemps regardé ce paysage du haut de mon toit, refuge facile pour rêver, sans parler de quelques tuiles déplacées.

Puis j'ai décidé d'aller y voir de plus près, j'ai grimpé les pentes des Sucs, entre amis, y entre aperçois seulement le paysage, je le regarde sans le regarder, j'amasse des regards, le moment de la dégurgitation je n'en n'ai pas d'idée et bizarrement elle s'imposera un jour dans l'atelier.

A l'atelier je régurgite, comme un oiseau sa pelote, je régurgite des restes sur l'espace réduit d'un papier A4 ou d'une toile. Je me bats pour que ces restes rendent l'essentiel de mes regards furtifs, non pas la beauté immédiate mais la beauté cachée.

Au début j'ai focalisé mon travail sur ce qui rythme le paysage, arbres, rochers, cailloux, extraits de leur contexte pour exister solitaires sur l'espace de la toile.

J'aime le travail des taupes, elles sculptent sans cesse le paysage, le respectent, elles ajoutent quelques touches, reproduisent sans cesse la même forme se contentant de variations infimes et sont indifférentes au résultat, Il ne leur est jamais venu à l'idée de regarder le fruit d'un travail pourtant incessant. Ce dont je suis sur c'est qu'elles s'inspirent des Sucs alentours, Suc de Sarah, Suc de Montfol, de Cherchemuse, ... pour parachever jour après jour les premiers instants de l'origine du monde.

Fort de ce modèle, je cultive aujourd'hui l'accident, et fais parfois voisiner en un seul espace des regards divergents, le strabisme me plait, un cailloux peut cacher une montagne, J' éclate l'espace et propose plusieurs regards sur une même toile, le ciel et la terre ne sont pas reliés, pour monter au ciel il faut accepter de quitter la terre, parfois je me focalise sur un mètre carré de sol caillouteux qui doit rester ouvert pour laisser à qui le regarde un champ d'appropriation que j'espère infini.

Jean pierre Guiraud