jean-jacques Moles

photographe

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                                         L’oeil et le cœur

               Enseignant formé à l’Ecole Normale de Montauban, Jean-Jacques Moles voyage et photographie dès 1978 aux Etats-Unis puis en Inde (1986), au Yémen (1987), en Indonésie (1988),…

 

 Attentif à la différence et préoccupé par l’échec scolaire, il se spécialise dans l’aide aux élèves en difficultés en devenant rééducateur .

 

               C’est dans une Roumanie ébranlée par la « Révolution », au tout début des années 90, en goûtant aux joies de l’hospitalité traditionnelle, qu’il ralentit son pas pour poser son regard sur l’Autre et se laisser aller à des rencontres véritables. (1990 à 2003)

 

               Désormais photographe-voyageur, en 1994, il part pour Cotonou vivre des « aventures béninoises «  fortes en émotion.

( 1994 à 2004)

 

            Dès 1999, attiré par le mythe cubain, il s’attache à un village et à ses habitants : Viñales, à l’ouest du pays, où il se lie avec d’authentiques campagnards. ( 1999 à 2007)

 

            Quelle que soit sa destination, de préférence à l’écart de sentiers trop battus, Jean-Jacques Moles aime retourner sur ses traces et, de rencontres en retrouvailles, jouir d’une saveur inattendue et qui lui devient vite essentielle : la familiarité .

 

            L’édition de livres et les expositions de photographies lui permettent de prolonger et de partager les plaisirs du voyage, entre témoignage et carnet intime .

 

 

"Du côté de chez tous", par Serge TISSERON

 

 

Jean-Jacques Moles réussit là où échouent à la fois l’ethnographe curieux des différences et le touriste friand d’exotisme : il parvient à nous rendre proches des personnes radicalement dissemblables par leur apparence, leurs traditions, leur culture et leur mode de vie. Mais comment s’y prend-il ? Tout simplement en nous montrant leur bonheur d’être photographiés ! Bien entendu, pour parvenir à une telle simplicité apparente, Moles a dû établir au préalable avec elles une relation de confiance qu’on imagine forte et partagée. Ses images ne sont que la partie visible du vaste continent d’une rencontre.

Sa manière de photographier est ainsi aux antipodes de celle que l’on évoque parfois sous les termes de « viser», « tirer » ou « mitrailler ». Elle n’est pas un instrument de prédation, mais d’observation attentionnée, presque d’accompagnement. Il respecte le masque social que ses modèles ont choisi de donner d’eux et ne nous en transmet que ce qu’ils semblent bien vouloir en montrer, jamais plus et certainement pas autre chose. Il ne  « vole » ni ne « viole », et cela lui donne naturellement sa place dans une tradition de la photographie humaniste.

Parmi toutes ses images, mes préférences vont à celles qui montrent plusieurs générations réunies devant l’objectif. Chacun sait que la famille est le premier lieu où la personnalité de chacun se construit, notamment grâce à l’identification de l’enfant à ses parents. Mais la famille réunie est aussi l’occasion pour son observateur de mobiliser de multiples identifications. Par exemple, face à une image montrant un homme et son fils, à qui vais-je m’identifier ? Au parent que je suis ou à l’enfant que j’ai été ? Allons plus loin. J’ai quelques difficultés à me sentir proche de cet adolescent noir dont la poitrine est couverte de scarifications rituelles : je ne peux guère l’imaginer occuper ma place, ni non plus m’imaginer à la sienne. Le fossé paraît considérable. Mais qu’on me montre le même entouré de ses deux parents et tout est différent. Il devient l’adolescent que j’ai été, coincé entre l’indispensable référence à son passé et le désir de s’en éloigner. Bref, quand les membres de ces familles sont photographiés séparément,  ils ne suscitent qu’une réaction de curiosité, voire une sympathie curieuse. Au contraire, leur rassemblement face à l’objectif nous interpelle dans nos repères personnels.

Jean-Jacques Moles a décidément bien raison de photographier des familles : elles sont notre patrimoine social et affectif commun en même temps que le terreau partagé de nos références identitaires. Bref, les liens qui nous y unissent sont aussi ceux qui nous rattachent à la « vaste famille des hommes »… à condition bien entendu que nous sachions le reconnaître et l’accepter. Le mérite des photographies de Jean-Jacques Moles est de nous convier, avec générosité, à accomplir ce pas.

 

Serge TISSERON

 

 

"Juste une image, mais une image juste"

        par Charles Henri FAVROD

 

 

Comme il le dit lui-même, Jean-Jacques Moles voyage dans des pays fermés (pour leurs habitants) qui font le bonheur du voyageur ouvert à la relation. Ce besoin d'échange le motive, le pousse à arpenter la Roumanie, Cuba ou le Bénin... Et, où il va, la photographie est désirée, appréciée, célébrée.

Jean-Jacques Moles intervient en témoin chaleureux, sans préjugé ni cérémonie. Il est tout de suite de plain-pied, à niveau fraternel, désireux d'en savoir plus que la seule image ne lui révèle. Et, comme il revient sur les lieux, il instaure un voyage dans le temps avec les mêmes personnes, un dialogue durable, une relation quasi familiale. En résulte un carnet de route et un album commun, car il est de ces rares photographes qui, après avoir annoncé l'envoi d'une épreuve, y procèdent vraiment.

Mais il ne faut pas cantonner Jean-Jacques Moles à ce processus d'amitié. Il a la puissance du regard, ses portraits sont beaux. Juste une image, est-il tenté de dire. J'ajoute, moi, une image juste. Et c'est ce qui est le plus difficile, dans l'instant d'effusion, ce qu'on appelle l'instantané et qui est toujours un bref différé, quelle  que soit la vitesse intervenue, quel que soit le degré fulgurant de connivence.

En 1927, déjà, Moholy-Nagy précisait : "Le phénomène photographique ne tire aucune valeur du fait qu'il soit classé comme un procédé de notation de la réalité, ou comme moyen d'exploration scientifique, ou pour fixer l'événement, ou comme base de procédé de reproduction ou comme art. Sa qualité dépend seulement de la mesure d'intensité créatrice qui a trouvé sa forme technique."

 

Charles-Henri FAVROD

 


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