Dominique GUTHERZ

peintures, huiles & aquarelles

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MEYNES, Gard


Dominique Gutherz

Né en 1946. Depuis plus de trois décennies, il suit son propre chemin sans se soucier de la mode. Il peint sa femme, ses filles, le temps qui passe, la vie qui coule. Et aussi les paysages qui l'entourent, les lieux qui l'habitent. Bref, à l'huile ou à l'aquarelle, il peint ce qu'il aime. Sa démarche n'est pas banale. Elle n'est pas isolée non plus. Elle s'inscrit dans une grande tradition de la peinture européenne qui va de Pontormo à Ingres, de Gréco à Giacometti. A découvrir son blog, on découvre des constantes, on repère des influences, des choix, des parti-pris. A travers eux, se dessinent à la fois une réflexion sur l'énigme de l'identité individuelle et une esthétique figurative.

 

Célébré par le plus grand poète français de ces quarante dernières années (Yves Bonnefoy), soutenu par l'un des éminents représentants de la réflexion philosophique et artistique en France (Christian Delacampagne), collectionné par l'un de nos acteurs de référence (Philippe Noiret), ami des Cartier-Bresson, Dominique Gutherz a voué sa peinture au corps féminin, plus précisément celui de sa compagne. A priori le sujet pourrait paraître académique s'il ne relevait pas d'une volonté forcenée de faire de la répétition du même (dont bon nombre d'artistes se sont proclamés en même temps que lui) le ressort, unique en son genre, de sa production. Ainsi sur chaque toile, avec une détermination obsessionnelle qui force l'intérêt, laisse-t-il émerger le corps de l'autre avec d'infimes variations qui suffisent à meubler une vie. Si le motif est toujours identique, la couleur ne déroge pas à la règle. C'est le rose qui nimbe les toiles de Gutherz d'une tonalité reconnaissable entre mille et qui définissent un style personnel. Ce rose est évidemment celui de la chair qui s'incarne sous nos yeux, mais qui s'incarne en peinture. Là est toute la différence. Le travail de Dominique Gutherz, qui dissocie en quelque sorte la silhouette de la chair qui pourrait l'incarner vise à dénoncer le caractère illusoire de toute peinture, et en même temps l'impossibilité de s'en passer. De même qu'Yves Bonnefoy a recours aux mots pour en révéler le leurre par rapport à l'existence à nos yeux de la présence intuitive et spontanée des choses, la figuration - si controversée naguère - telle que la pratique Gutherz use des moyens traditionnels de la peinture mais pour en signifier le statut de seuil. C'est pourquoi les détails métonymiques d'architecture jouent comme le redoublement des limites du tableau. Les miroirs redoublent le phénomène. Le lieu d'intimité est temporairement celui du peintre mais il lui faut continuellement le reconduire pour espérer l'habiter.

 

 

Meynes, entre Nîmes et Beaucaire, a des allures de campagne romaine et Dominique Gutherz y a sa demeure et son atelier. Pour avoir été Prix de Rome et séjourné à la Villa Médicis, il n’a jamais renoncé à l’académisme, et  ses dessins et peintures, qui semblent avoir retenus la leçon de Balthus qu’il a côtoyé dans la Ville éternelle, nous laissent méditatifs devant la qualité du trait, la douceur des couleurs avec ces dominantes de rose qui attirent la lumière. Mais au-delà du premier regard, le sujet de la peinture, toujours le même, à quelques exceptions près, est son unique modèle, Catherine son épouse, qu’il répète à l’infini, d’année en année, avec de légères variations de pose, quelques minimes modifications de l’environnement. Une telle démarche pourrait être revendiquée comme conceptuelle et c’est toute la subtilité de l’artiste de le suggérer sans le dire. En ce sens, le modèle comme concept ou le concept du modèle nous amène à une lecture extrêmement moderne de son travail de peintre.