Alain Andrade

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Alain Andrade est d'une espèce rare, têtue, terriblement hors-champ, hors-jeu, hors modes. Sa photographie, un art-très-sensible, mon bon monsieur, demeure un exercice dif fiche, pour ne pas dire périlleux. Voyons : quelques grammes de lumière pure, une émulsion bien frottée de photons, l'immersion dans une monochromie tatillons mais sobre, et le tour est joué. Magie de la lux contaminante, irradiante, inséminante. En quelques gestes simples, dépouillés, voilà que notre photographe restitue toute la complexité et la beauté de son médium primordial.

Car, après tout, cette chose si bien nommée écriture de la lumière, peut bien se passer de sujet à interroger, d'objets à décrire, d'histoire à raconter. Ce travail en est la preuve, illuminée, si je puis dire. Ici, la photographie se suffit à elle-même, se nourrit d'elle-même, s'autoreproduit à l'infini. Photophage invétérée, elle dévore ses atomes gloutonnement, irraisonnablement. Mais les restitue aussitôt en une masse pure de matière-lumière irradiante. Et proliférante.
Voilà. Alain Andrade "fait" de la photographie abstraite. C'est simple, beau, essentiel. En plein coeur du sujet, sans fioriture, sans rien d'autre que l'idée ultime de son art. Au fond, il rejoint là d'autres de ses ancêtres têtus eux aussi, qui d'une soupe infâme et informe de pigments et de poudres broyées, ont mis à jour l'image éclatante du Monde. Un monde de couleurs et de lumière jailli d'ateliers où la lumière de l'extérieur pénétrait si peu, mais où celle, évidente, du Mystère humain irradiait.

Dans un accrochage sobrissime, le photographe restitue cette primauté-là. Dépouillée à l'extrême, l'exposition, ici au bon sens du mot, dévoile une suite de tableaux monochromes, sans inquiétude. L'installation sereine de ces quelques images sensibles, pas plus d'une dizaine, concentre l'attention sur l'œuvre seule. Une communion tranquille avec la lumière pure, rien que cela. Ici, pas de formats choc et frime, de coquetterie avant-gardiste, pas d'emphase inutile. L'objet photographique se montre tel quel, impudent, juste un choc brutal avec la matière même. Comme tout art abstrait, son pouvoir d'évocation n'en est pas moins important. Les réminiscences du grand art pictural classique et baroque sont autant de repères pour l'œil fasciné par cette orgie de photons. La similitude formelle avec certains événements ou objets astronomiques n'est pas non plus pour déplaire. Après tout, là aussi encore, c'est d'une simple affaire de lumière qu'il s'agit.

Au fond, Alain Andrade, avec ces quelques traces de sulfate d'argent reproduit le monde tel qu'il nous apparaît dans son plus simple appareil : nu, terriblement nu. Mais vivace, diablement vivace et proliférant. Une bonne approche de l'universel, en quelque sorte.

MR
 

« Alain ANDRADE part d'un désordre,... d'un monde insoupçonné d'ombres et de lumières, dont les refets projetés au mur mettent à son service toute une palette de matières lumineuses. Et l'écriture se forme de ces matières trouvées dont on a disséqué les lumières et les ombres pour fabriquer ces univers originels. » ( Hervé FLINNE - Al Dante )

« Les passages, les gouffres, les rêves et les transformations de la lumière procèdent ici d'une vision remarquablement agile... » ( Alain PAIRE - Le Provençal )

« Un tâtonnement, d'ombre et de lumière : énigmes posées dans l'infini du regard d'un aveugle . » ( Philippe DUCIEL )

« L'intime combat de l'ombre et de la lumière se résoud ici en de profonds remous, en distorsions et en jaillissements qui ont pour fonction de créer la substance même d'un monde nouveau, né des profondeurs de sa propre nuit originelle et de faire venir à l'être des entités qui ne doivent encore rien à quoi que ce soit. Ainsi les formes viennent elles naître comme de l'intérieur d'elles mêmes. » ( J. CI. LEMAGNY - Les cahiers de la Bibliothèque Nationale )

« Pour accéder à un certain quelque chose : n'être rien Etre un oeil, un oeil aveugle qui continue de voir , qui voit ce qui l'aveugle... » ( Alain ANDRADE )

« Distordons, élongations, faux mouvements, déplacements : rien qu'une légère fièvre au milieu de l'image. » (Alain ANDRADE)


Apparition de la matière photographique